Bâti
à neuf, en 1555, par Charles II de Houchin, il est, un siècle
plus tard, au centre d'un épisode de la guerre de Trente-Ans lorsque
Gaston d'Orléans vient mettre le siège devant Béthune,
le 23 Août 1645. Il installe son quartier général au château
d'Annezin. Le maréchal de Rantzau conduit l'offensive principale contre
le château de Béthune (à l'emplacement de l'actuel jardin
public) défendu par la garnison espagnole. Le duc d'Orléans
fait ouvrir une tranchée au château d'Annezin, après la
prise des faubourgs de Cateau-Rive et de la Porte-Neuve, le 26 Août.
Les Espagnols se rendent après six jours de siège. Le château
eût à souffrir de cette occupation française car les troupes
se considéraient en terre étrangère, l'Artois étant
alors sous domination espagnole.
A nouveau, en 1770, pendant le guerre de Succession d'Espagne, le château se trouve en première ligne. Le mardi 15 juillet, une armée anglo-hollandaise forte de trente bataillons d'infanterie et de dix-huit bataillons de cavalerie se dirige vers Béthune. La nuit-même, à Gosnay, "l'ennemi détourne les eaux de la Lawe dont Béthune se sert comme moyen de défense pour inonder les fossés des fortifications et les terrains adjacents" (Chanoine Cornet).
"Le 18, le Gouverneur de Béthune retire du château d'Annezin un poste de 100 hommes qu'il y avait placé, ce château n'ayant aucune communication avec la place" nous dit l'historien E. Béghin.
Heureuse initiative puisque les Anglo-hollandais sont au château le 20. Suivent les longs préparatifs d'un siège dans les règles de l'art militaire de l'époque. A l'intérieur de la place, Dupuy-Vauban qui ne dispose que d'un faible effectif (3.220 hommes) résiste héroïquement. Le 2 août, le premier boulet, tiré par les anglo-hollandais, tombe sur l'hôtel du marquis de Longastre. Dans la nuit du 3 au 4, quatre batteries d'artillerie sont installées entre le château d'Annezin et le moulin. Elles pilonnent le château de Béthune. La garnison se rend le 28 et quitte la place avec les honneurs de la guerre, tambour battant et drapeaux déployés. Béthune ne sera rendue à la France qu'en 1713, après le Traité d'Utrecht.
Le château sort à nouveau meurtri des combats ... Il doit être restauré. En 1732, d'Asfeld, chef du génie et futur maréchal de France, vient visiter les travaux.

En 1775, la reconstruction est presque achevée. Le château est alors un vaste corps de logis avec deux ailes faisant saillie et compte une centaine d'appartements. Un vaste fossé rempli d'eau fait une île de l'habitation et du jardin. Un pont de pierre donne entrée côté village, un pont-levis est placé.
"Trois
Anglais se présentent un jour au château pour se mesurer avec
lui. Après un dîner copieux, il les conduit au jardin, fait creuser
en leur présence, trois fosses par le jardinier, leur demandant s'ils
veulent toujours se battre. "Réponse affirmative ". Il tue
le premier, le second, par plaisanterie coupe l'oreille du troisième
qu'il renvoie en le comblant de politesse".
Il est aussi redresseur de tort. Celui qui va le chercher, s'estimant lésé, injurié, etc... voit le marquis infliger la peine de mort au "coupable".
En 1773, à Emmerin, il tue d'un coup de fusil un manant, occupé à réparer le toit de sa maison. Pour quel motif ? Cet homme lui avait précédemment manqué de respect.
En 1775, il tue un de ses amis (!) Monsieur d'Aubers qui s'était plaint en haut-lieu de la vicomté d'Haubourdin. L'ayant trouvé à Aubers, dans le parc du château, il le tue d'un coup d'épée et prévient le domestique que Monsieur d'Aubers vient de se sentir mal.
Il poursuit encore un abbé de Loos qui réussit à s'enfuir. Ceux qui avaient la chance d'échapper à la mort étaient "marqués" d'une manière ou d'une autre: oeil crevé, nez coupé, moustache enlevée.
Le marquis blâmait toujours ceux qui osaient le défier et qui "le forçaient" disait-il.
D'ailleurs, les forfaits de ce bretteur si peu orthodoxe, resteront impunis. Poursuivi en justice pour le meurtre de Monsieur d'Aubers, il en appelle à la justice du Roi. Mais les Roquelaure sont en vue à la Cour. Tout de même, les "exploits" du marquis de Longastre sont revenus aux oreilles du monarque qui lui accorde les lettres de grâce non sans prononcer ces mots qui ont valeur d'avertissement: "Prévenez le marquis que celles de celui qui le tuera dans les mêmes circonstances sont toutes prêtes".
Le dit marquis mourra dans son lit, le onze juin 1783, à Paris. Son gendre, le marquis de Roquelaure, périra pendant La Terreur.
Après le décès du marquis et de la marquise de Longastre, Madame de Houchin veuve Sirey, leur fille puînée, hérite du domaine après renonciation de sa soeur. Elle fait décorer plusieurs appartements, un salon et une chapelle. Mais elle n'y vit que quelques mois l'été car elle réside à Paris. On peut lire dans Le Puits Artésien (1840) : "On la voyait se promenant dans les longues allées que bordait le fossé ou assise sous un berceau où elle regardait passer la jeunesse Béthunoise attirée par les violons de la guinguette de Gros Louis".
Madame Marie-Thérèse-Louise-Jeanne-Charlotte de Houchin, veuve de Monsieur Girault-Sirey, décède à Paris, le 17 Octobre 1835. C'est la dernière représentante d'une dynastie connue depuis l'an mil, à avoir habité les lieux.
Vingt-deux acheteurs se partageront ce qui restait du patrimoine des seigneurs d'Annezin. La vente comprenait le manoir, des terres à labour et des prairies. Le château fût acheté par Monsieur Félix Barthier, ancien régisseur du domaine
Le 14 Novembre 1847, l'administration municipale de Béthune ayant refusé les salons de l'Hôtel de Ville, les organisateurs viennent en cortège au château d'Annezin, avec à leur tête Odilon Barrot, chef de l'opposition et grand promoteur de la Campagne des Banquets. (Il deviendra ministre, à la chute de Louis-Philippe de 1848 à 1849), plus de cinq cents personnes l'accompagnent. Ils sont accueillis à l'entrée du château par M. Barthier et prennent place dans huit salons contigus, reliés par un immense corridor, en chantant La Marseillaise. Toutes les salles sont pavoisées de drapeaux tricolores. Les représentants du conseil général du Pas-de-Calais, de l'armée, du commerce, de la magistrature, des conseils d'arrondissements et conseils municipaux prennent place dans le salon d'honneur. A côté d'Odilon Barrot, ont pris place Piéron, député de Saint-Pol, les députés Oscar Lafayette, Crémieux, David d'Angers, les délégués de l'agriculture et de l'industrie du département, le colonel de génie Repécaud, le président de l'Académie d'Arras, le président du Tribunal Civil et le bâtonnier des avocats de la même ville, plus de 60 officiers de la Garde Nationale. De nombreux toasts sont portés, réclamant "la réforme électorale et parlementaire", "le règne de la justice", "l'égalité politique", "le régime représentatif" mais aussi "I'éducation politique des citoyens".
Le soir, les participants regagnèrent Béthune à la lueur des torches tandis que l'orchestre jouait la Marseillaise et Charles VI. Aux portes de Béthune, les hymnes se turent pour satisfaire aux exigences de la municipalité.
Les
héritiers de Monsieur Félix-Hubert Barthier vendirent, à
sa mort, le château à Monsieur Hanon-Sénéchal
qui venait d'acquérir la concession des mines d'Annezin(*). Elle s'en
servit pour y loger ses directeurs et ses principaux employés. Lors
du rachat, au début du siècle, par la Compagnie des Mines
de Bruay, le château fut détruit en représailles, disent
certains, d'une vieille rivalité opposant les deux compagnies.
L'immense parc, qui renfermait une très belle pièce d'eau fut cédé par les Mines en 1945 à Monsieur
Decrombecque qui institua le fameux concours hippique qui a toujours lieu
de nos jours, aux fêtes de la Pentecôte.
(*) Délibération du Conseil municipal d'Annezin en date du 17 décembre 1885 : " Un fil téléphonique est établi entre la mine n°1 et le chateau d'Annezin " (Archives municipales)